20
mai
1924
Texte inédit en français. Copie du site «marxists.org» Ce texte est la préface à un receuil de textes sur les premières années de l'I.C. publié en 1924 en russe à Moscou. Il sert en fait à préparer politiquement le Ve Congrès de l'I.C. (juin 1924). C'est à ce congrès que la troïka Staline-Zinoviev-Kamenev va s'imposer sur la ligne dite de la «bolchévisation» des partis communistes, mélange d'ultra-gauchisme et cours profondément droitier combiné à la destruction du régime interne qui régnait dans l'I.C. du temps de Lénine.
Pour l'essentiel ce texte a été traduit à partir de sa version américaine in «First Five Years of The Communist International». Seule une partie de ce texte avait déjà été traduite en français et publié en annexe de l'ouvrage «Europe et Amérique» dans l'édition française de 1926.

 

Introduction à

«Les cinq premières années de l'Internationale Communiste» [1]

 

La demi-décade d'existence de l'Internationale Communiste est divisée en 2 périodes par son 3e congrès mondial. Durant les deux premières années, la vie et l'activité du Comintern est intégralement et exclusivement marquée par la guerre impérialiste et ses suites. Les perspectives révolutionnaires sont élaborées à partir des conséquences de la guerre. En conséquence des convulsions sociales dues à la guerre, il est considéré comme évident par tous que la fermentation politique au sein des masses va aller constamment en s'intensifiant jusqu'à la conquête du pouvoir par le prolétariat. Cette appréciation des développements en cours trouve son expression dans les manifestes des premier et second congrès qui sont inclus dans ce volume. L'appréciation principielle de la situation de l'après-guerre fournie par ces documents conserve aujourd'hui toute sa force. Mais le rythme des développements s'est avéré différent.

La guerre n'a pas abouti directement à la victoire du prolétariat en Europe occidentale. Ce qui manqua à la victoire en 1919 et 1920 est aujourd'hui trop évident : il manquait un parti révolutionnaire.

Ce n'est que quand le puissant ferment au sein des masses commencera à refluer que de jeunes partis communistes commenceront à prendre chair — et encore s'agit-il de leur physionomie brute. Les événements allemands de mars 1921 illustrent à merveille la contradiction qui existait entre la situation existante et la politique de l'Internationale Communiste. Des Partis Communistes, ou au moins leurs ailes gauches, recherchaient impétueusement à déclencher l'offensive alors que des millions de prolétaires, après les défaites initiales, subissaient les contrecoups de la situation de l'après-guerre et observaient avec attention les partis communistes. Au troisième congrès mondial, Lenine constate l'écart grandissant entre le développement du mouvement des masses et la tactique des partis communistes, et d'une main ferme, impulse un tournant décisif de la politique de l'Internationale. Nous sommes à présent suffisamment éloignés du troisième congrès pour pouvoir évaluer ses travaux avec le recul nécessaire; on peut donc affirmer que le tournant effectué lors du troisième congrès à eu la même importance pour l'Internationale Communiste que celui de Brest-Litovsk pour la république soviétique. Si la IIIe Internationale avait continué à suivre mécaniquement le même chemin, l'une des étapes étant les événements de mars en Allemagne, peut-être qu'en un an ou deux ne serait-il demeuré que des débris des partis communistes. Avec le troisième congrès, commence un cours nouveau : les partis prennent en considération le fait que les masses sont encore à gagner et qu'un assaut doit être précédé par une période prolongée de préparation. C'est là qu'entre en scène le Front Unique, la tactique de jonction avec les masses sur la base de revendications transitoires. Les discours et articles contenus dans la seconde partie de ce volume sont consacrées à ce «cours nouveau».

La seconde période de développement de l'Internationale Communiste, qui a invariablement mené à l'approfondissement de l'influence de ses principales sections parmi les masses laborieuses, couvre la puissante marée révolutionnaire qui a déferlé en Allemagne à la fin de 1923. Une fois encore, l'Europe était prise de convulsions, au cœur desquelles était la question de la Ruhr. La question du pouvoir se pose une fois de plus en Allemagne, dans toute sa nudité et toute son acuité. Mais la bourgeoisie survivra cette fois encore. Un troisième chapitre s'ouvre alors pour le développement de l'Internationale Communiste. La tâche du Ve congrès mondial est d'identifier les caractéristiques de cette nouvelle période et d'en déduire les tâches tactiques.

Pourquoi la révolution allemande n'a pu être victorieuse ? Les raisons en sont entièrement dans la tactique et non dans les conditions objectives. Nous avons affaire à une situation révolutionnaire classique qu'on a laissé échapper. A partir de l'occupation de la Ruhr, et encore plus lorsque la banqueroute de la résistance passive est devenue évidente, il était impératif que le Parti Communiste adopte une orientation ferme et résolue pour la conquête du pouvoir. Seul un courageux tournant tactique aurait pu unir le prolétariat allemand dans sa lutte pour le pouvoir. Si au troisième congrès, et en partie au quatrième nous avions dit aux camarades allemands : «vous ne gagnerez les masses qu'en prenant part à leur combat sur la base de revendications transitoires», au milieu de 1923, la question se posait désormais différemment : après tout ce que le prolétariat allemand avait du subir dans les années récentes, il pouvait être mené à la bataille décisive s'il était convaincu que la question se posait, comme disent les allemands, aufs ganze (ce qui est en cause n'est par telle ou telle tâche partielle mais bien l'essentiel), que le Parti Communiste était prêt à marcher à la bataille et capable de remporter la victoire. Mais le Parti Communiste exécutera le tournant sans l'assurance nécessaire et avec un retard extrême. Les courants de droite et de gauche, en dépit des durs combats qu'ils se menaient, feront tous deux preuve de fatalisme face au développement de la révolution jusqu'en septembre-octobre [1923]. Au moment où la situation objective exigeait un tournant décisif, le parti n'agit pas pour organiser la révolution mais resta à l'attendre. «La révolution ne se fait pas sur ordre», répondirent les droites et les gauches, mélangeant ainsi la révolution comme un tout avec l'une de ses étapes — celle de la prise du pouvoir. Mon article "La révolution se fait-elle sur ordre ?" était consacré à la question. Cet article résume les innombrables discussions et polémiques qui avaient eu lieu précédemment. Il est vrai qu'un tournant radical de la politique du parti avait eu lieu en octobre. Mais c'était déjà trop tard. Durant 1923, les masses laborieuses ont compris ou ressenti que le moment du combat décisif approchait. Mais elles ne virent pas la résolution et la confiance nécessaire de la part du Parti Communiste. Et quand commencèrent les préparatifs fiévreux pour l'insurrection, il perdit immédiatement son équilibre et aussi ses liens avec les masses. La même chose arrive au cavalier qui, arrivant doucement face à une barrière élevée, plante nerveusement ses éperons dans les flancs du cheval. Même si le cheval tentait de franchir la barrière, il est fort probable qu'il se briserait les jambes. Pour ce qui nous concerne, il s'est arrêté à la barrière et couché par terre. Tels sont les mécanismes de la cruelle défaite subie par le Parti Communiste Allemand et l'Internationale toute entière en novembre passé [1923].

Quand apparut un tournant dans les rapports de forces réciproques, que les fascistes légalisés bougèrent en première ligne alors que les communistes s'enfonçaient dans la clandestinité, des camarades estimèrent que «nous avons surestimé la situation; la révolution n'est pas encore mûre». En réalité, la révolution ne fut pas victorieuse non parce qu'en général «elle n'était pas mûre» mais parce que le chaînon décisif — la direction — a quitté la chaîne au moment décisif. «Notre» erreur ne réside pas dans «notre» surestimation des conditions de la révolution mais dans «notre» sous-estimation de celles-c ; elle réside dans «notre» incapacité à comprendre à temps le besoin d'un tournant tactique décisif et abrupt : de la lutte pour les masses à la lutte pour le pouvoir. «Notre» erreur réside en ce que «nous» avons continué durant des semaines à répéter les vieilles banalités au nom de ce que «la révolution ne se fait pas sur ordre» et avons ainsi laissé passer le moment propice.

Le Parti Communiste avait-il gagné à lui la majorité des travailleurs dans la dernière partie de l'année ? Il est difficile de dire quel aurait été le résultat d'un sondage à ce moment. Ces questions ne se décident pas par sondage. Elles se décident par la dynamique du mouvement. Malgré le fait qu'un nombre considérable d'ouvriers restaient dans les rangs de la social-démocratie, seule une fraction négligeable d'entre eux était prête à prendre une position hostile voire même passivement hostile face à ce tournant. La majorité du parti social-démocrate et même des partis bourgeois subissait de façon aiguë l'impasse oppressante du régime démocratique-bourgeois et attendaient le dénouement. Leur confiance, leur sympathie complète et définitive pouvait seulement être gagnées dans le cours de la lutte pour le dénouement lui-même. Toutes les discussions sur les forces redoutables de la réaction, les centaines de milliers d'hommes de la Reichswehr noire, etc., se sont avérées de monstrueuses exagérations, ce qui ne fit jamais aucun doute dans l'esprit des éléments animés d'un sens révolutionnaire. Seule la Reichswehr officielle représentait une force réelle. Mais elle était numériquement trop faible et aurait été balayée par l'assaut de millions d'hommes.

Aux cotés des masses déjà fermement gagnées par le Parti Communiste, gravitaient des masses encore plus nombreuses attendant le signal du combat et une direction. Ne l'ayant pas reçu, elles ont commencé à s'éloigner des communistes aussi spontanément qu'elles s'en étaient rapprochées. Ceci explique précisément le basculement rapide du rapport de forces qui permit à Seeckt de gagner sur le champ de bataille politique sans résistance notable. Parallèlement, les politiciens qui le soutenaient, s'appuyant sur les rapides succès de Seeckt proclamèrent : «Vous voyez, le prolétariat ne désire pas le combat». En fait, après l'expérience d'une demi-décade de combats révolutionnaires, les travailleurs allemands ne voulaient pas seulement le combat; ils voulaient un combat qui les mènerait enfin à la victoire. N'ayant pas trouvé la direction nécessaire, ils évitèrent le combat. Ils montrèrent seulement ainsi que les leçons de 1918-21 avaient été profondément assimilées.

Le Parti Communiste Allemand avait 3 600 000 électeurs. Combien en a-t-il perdu ? Il est de difficile de répondre à cette question. Mais les résultats des élections partielles aux Landtags, aux municipalités, etc., attestent que le parti communiste a participé aux élections au Reichstag dans une situation d'affaiblissement extrême. Et malgré tout cela, il a encore obtenu 3 600 000 voix ! «Regardez», nous dit-on, «le Parti Communiste Allemand est sévèrement critiqué, mais représente encore une force puissante !». Mais après tout, le nœud de la question est que 3 600 000 voix en mai 1924, donc après le sommet de l'action spontanée des masses, le recul du régime bourgeois, prouvent que le parti communiste était la force décisive à la fin de l'année, mais que cela n'a malheureusement pas été compris ni utilisé à temps. Ceux qui, même aujourd'hui, refusent d'admettre que la défaite provient d'une sous-estimation, plus précisément d'une évaluation tardive de la situation exceptionnellement révolutionnaire de l'an passé, ceux qui persistent, courent le risque de ne rien apprendre et par suite de refuser de reconnaître la révolution une deuxième fois lorsqu'elle frappera de nouveau à la porte.

 

* * *

Les circonstances dans lesquelles le Parti Communiste Allemand a renouvelé ses organes dirigeants est dans l'ordre des choses [2]. Le parti tout entier attendait et désirait le combat, espérait la victoire — à la place, il y eut une défaite sans combat. Il est naturel que le parti se retourne vers sa vieille direction. La question de savoir si la gauche aurait pu mieux assumer ces tâches si elle avait eu la direction a peu de signification. Franchement, nous ne le pensons pas. Nous avons déjà noté qu'en dépit de sa vive lutte fractionnelle, l'aile gauche partageait la politique de l'ancien Comité Central sur les questions essentielles — la prise du pouvoir, une politique floue, semi-fataliste, dilatoire. Mais le seul fait que la gauche ait été en opposition en a fait le recours naturel pour diriger le parti, après que sa vieille direction ait été rejetée. A présent, la direction est entre les mains de la gauche. C'est une nouvelle étape dans le développement du parti allemand. Il est nécessaire de prendre ceci en compte, de le prendre comme point de départ. Il est nécessaire de faire tout ce qui est possible pour aider la nouvelle direction du parti à assumer ses tâches. Et pour cela, il faut avant tout identifier clairement les dangers. Le premier danger possible pourrait découler d'une attitude insuffisamment sérieuse concernant la défaite de l'an passé : une attitude visant à faire croire que rien d'extraordinaire ne s'est passé, seulement un léger retard; la situation révolutionnaire va bientôt se répéter; nous continuons comme avant — vers l'assaut décisif. C'est faux ! La crise de l'an passé est un gâchis colossal de l'énergie révolutionnaire du prolétariat. Le prolétariat a besoin de temps pour digérer sa défaite tragique de l'an passé, une défaite sans combat décisif, une défaite sans même une tentative de combat décisif. Il a besoin de temps pour s'orienter à nouveau de façon révolutionnaire dans une situation objective. Ceci ne signifie évidemment pas qu'un grand nombre d'années est nécessaire. Mais quelques semaines ne suffiront pas. Et le plus grand danger est que la stratégie du parti allemand tente de passer par-dessus les processus qui ont lieu au sein du prolétariat allemand en conséquence de la défaite de l'an passé.

En dernière analyse, comme nous le savons, l'économie décide. Les succès économiques limités obtenus ces derniers mois par la bourgeoisie allemande sont en soi le résultat inévitable de l'affaiblissement du processus révolutionnaire, un certain renforcement — très superficiel et instable — de la "loi et l'ordre" bourgeois, etc. Mais le rétablissement du moindre équilibre capitaliste en Allemagne n'a pu se faire substantiellement plus que durant la période de juillet à novembre de l'an passé. En toute occasion, la voie de la stabilisation mène à de si grands conflits entre Travail et Capital, et la France bouche la voie avec tant de difficultés, que le prolétariat allemand est encore assuré de fondements économiques favorables à la révolution pour une période indéfinie. Ceci étant, ces processus partiels qui ont lieu dans les fondations — aggravations temporaires ou au contraire jugulements temporaires de la crise et de ses manifestations auxiliaires — ne nous sont en aucun cas indifférents. Si un prolétariat relativement bien nourri et puissant est toujours sensible au moindre recul de sa situation, à l'inverse, le prolétariat allemand, épuisé, qui souffre et a faim depuis longtemps, est sensible à la moindre amélioration de sa condition. Ceci explique le renforcement — encore une fois, extrêmement instable — de la social-démocratie allemande et de la bureaucratie syndicale qui est désormais manifeste. Aujourd'hui plus que jamais, nous sommes forcés de suivre attentivement les fluctuations de la situation commerciale et industrielle en Allemagne, et de la façon dont elles se répercutent sur le niveau de vie de l'ouvrier allemand.

L'économie décide, mais seulement en dernière analyse. Les processus politiques-psychologiques qui ont lieu actuellement au sein du prolétariat allemand et qui selon toutes probabilités ont leur logique propre ont une signification plus directe. Le parti a recueilli 3 600 000 voix aux élections : un merveilleux noyau prolétarien ! Mais les éléments vacillants nous ont quitté. Cependant, une situation révolutionnaire directe est toujours caractérisée par le flux d'éléments hésitants en notre direction. Nombre d'ouvriers social-démocrates, supposons-nous, ont dû se dire durant les élections : "nous savons parfaitement que nos dirigeants sont de fieffés coquins, mais pour qui voter ? Les communistes promettaient de prendre le pouvoir, mais s'en sont avérés incapables et ont seulement aidé la réaction. Allons-nous suivre les nazis ?". Et la rage au cœur, ils ont voté social-démocrate. L'école de la réaction bourgeoise, on peut l'espérer, va rapidement aider le prolétariat allemand dans sa grande majorité à assimiler une orientation révolutionnaire, cette fois plus définitivement et plus fermement. Il est nécessaire d'aider ce processus de toutes les façons. Il est nécessaire de l'accélérer. Mais il est impossible de sauter les étapes inévitables. Caractériser la situation comme si rien d'extraordinaire n'avait eu lieu, comme si seule une légère secousse avait eu lieu, etc., serait on ne peut plus faux et augurerait de pires bévues stratégiques. Ce qui a eu lieu n'est pas un ralentissement superficiel mais une énorme défaite. Sa signification a à être assimilée par l'avant-garde prolétarienne. S'appuyant sur ces enseignements, l'avant-garde doit accélérer les processus de regroupement des forces prolétariennes autour des 3 600 000. Le flux révolutionnaire monte, puis reflue, puis a lieu un nouveau flux — ces processus ont leur propre logique et leurs propres échéances. Les révolutions ne surgissent pas seulement, nous le répétons, les révolutions s'organisent.

Mais il n'est possible d'organiser une révolution que sur la base de son évolution interne. Ignorer l'état d'esprit critique, précautionneux, sceptique de larges cercles du prolétariat après ce qui a eu lieu, c'est se préparer à une nouvelle défaite. Un jour après la défaite, même le plus valeureux parti révolutionnaire ne peut appeler à une nouvelle révolution, pas plus que le meilleur obstétricien ne peut donner naissance tous les trois ou cinq mois. Que la naissance révolutionnaire de l'an passé ait avorté ne change pas le fond des choses. Le prolétariat allemand doit passer à travers une phase de recouvrement et de regroupement de ses forces pour un nouveau sommet révolutionnaire, avant que le Parti Communiste, ayant apprécié la situation, puisse appeler à un nouvel assaut. Mais d'autre part, nous savons que le danger de ne pas reconnaître une nouvelle situation révolutionnaire — et par là de se montrer incapable de l'utiliser à ses fins — n'est pas moindre.

Deux des plus grandes leçons données au Parti Communiste Allemand : mars 1921 et novembre 1923. Dans le premier cas, le parti prit son impatience pour une situation révolutionnaire; dans le second cas, il fut incapable d'identifier une situation révolutionnaire et la laissa s'échapper.

Il y a de grands dangers à «gauche» et à «droite» — ce sont les limites de la politique du parti prolétarien à notre époque. Nous continuerons à espérer qu'enrichi par les batailles, les défaites et l'expérience, le Parti Communiste Allemand arrivera dans un futur pas si lointain à diriger son navire entre le Scylla de "mars" et le Charybde de "novembre" et arrivera à donner au prolétariat allemand ce qui qu'il a si durement mérité : la victoire !

Alors qu'en Allemagne, les dernières élections parlementaires, sous l'impact du danger de l'an passé, ont donné au camp bourgeois une nouvelle impulsion à droite — mais dans le cadre du parlementarisme et non d'une dictature fasciste — dans le reste de l'Europe et en Amérique la tendance des divers groupements bourgeois est vers le «conciliationnisme». En Angleterre et au Danemark, la bourgeoisie règne via les partis de la seconde internationale. La victoire du Bloc des Gauches en France signifie une participation plus ou moins masquée (probablement ouverte) des socialistes au gouvernement. Le fascisme italien prend la route de la «régulation» parlementaire de sa politique. Aux Etats-Unis, les illusions conciliationnistes sont mobilisées sous la bannière du «Troisième Parti». Au Japon, l'opposition a gagné les élections.

Quand un navire perd son gouvernail, il faut parfois faire fonctionner ses moteurs droit et gauche alternativement : le bateau avance en zigzags, beaucoup d'énergie est dépensée, mais le bateau continue à avancer. C'est au moment présent le mode de navigation des Etats capitalistes d'Europe. La bourgeoisie est forcée d'alterner méthodes fascistes et social-démocrates. Le fascisme demeure le plus fort dans les pays où le prolétariat s'est approché le plus près du pouvoir, mais sans être en mesure de le prendre ou le conserver : Italie, Allemagne, Hongrie, etc. Au contraire, les tendances conciliationnistes commencent à gagner la prépondérance là où la bourgeoisie ressent moins directement la montée prolétarienne. Si la bourgeoisie se sent assez forte pour ne pas avoir à utiliser l'activité directe des gangs fascistes, elle ne sent par ailleurs pas assez forte pour avancer sans couverture menchevique.

A l'époque du quatrième congrès du Comintern, qui se déroula entièrement sous l'égide de l'offensive capitaliste et de la réaction fasciste, nous écrivions que si la révolution allemande ne débouchait pas à partir de la situation existant à ce moment et ne donnait donc pas une nouvelle direction au développement politique européen entier, alors on pouvait s'attendre avec une pleine assurance au remplacement du chapitre fasciste par un chapitre conciliationniste, en particulier l'arrivée d'un gouvernement du Labour Party en Angleterre et du Bloc des Gauches en France. A l'époque, cette prévision apparaissait comme la semence... d'illusions conciliationnistes. Certains réussissent à rester des révolutionnaires en gardant les yeux fermés.

Utilisons, cependant, les citations. Dans l'article «Perspectives politiques», publié dans les Izvestia du 30 novembre 1922, je polémiquais contre les conceptions simplistes, non marxistes, mécanistes, du développement politique qui soi-disant mènent du renforcement automatique du fascisme et du communisme à la victoire du prolétariat. Dans cet article, il est écrit :

"Dès le 16 juin [1921], mon discours à l'Exécutif de l'I.C. développait l'idée que si des événements révolutionnaires ne survenaient pas d'abord en Europe et en France, alors l'ensemble de la vie parlementaire-politique française se cristalliserait inévitablement autour de l'axe du Bloc des Gauches par contraste avec le Bloc «National» alors dominant. Dans l'année et demi qui s'est écoulée, la révolution n'est pas survenue. Et quiconque a suivi la vie politique en France ne niera pas que — à l'exception des communistes et syndicalistes-révolutionnaires — tous se préparent actuellement au remplacement du Bloc National par le Bloc des Gauches. C'est vrai : la situation en France reste marquée par l'offensive capitaliste, des interminables menaces à destination de l'Allemagne, etc. Mais il y a en parallèle la montée de la confusion parmi la bourgeoisie, spécialement les couches intermédiaires, qui vivent dans la peur du lendemain, sont désenchantées par la politique des «réparations», se serrent la ceinture pour juguler la crise financière qui réduit les dépenses au profit de l'impérialisme, ont l'espoir de rétablir les relations avec la Russie, etc., etc.

Cette atmosphère imprègne aussi une fraction considérable de la classe ouvrière par le moyen des socialistes et syndicalistes réformistes. D'où il découle que la continuation de l'offensive du capitalisme et de la réaction française n'est en aucune manière contradictoire avec le fait que la bourgeoisie française se prépare clairement une nouvelle orientation pour elle-même.»

Et plus loin dans le même article, nous écrivions :

«La situation en Angleterre n'est pas moins instructive. En conséquence des récentes élections, la domination de la coalition libéraux-conservateurs a été remplacée par un cabinet purement conservateur. Un évident pas vers la «droite» ! Mais d'un autre coté, précisément, le résultat des dernières élections prouve que l'Angleterre bourgeoise-conciliationniste s'est d'ores et déjà préparée une nouvelle orientation pour elle-même, en cas d'aggravation des contradictions et de difficultés aiguisées (et les deux aspects sont inévitables)... Sont-ce là des bases sérieuses pour penser que le régime conservateur actuel mènera directement à la dictature du prolétariat en Angleterre ? Nous ne voyons pas de telles bases. Au contraire, nous considérons que les actuelles contradictions insolubles — économiques, coloniales et internationales — de l'Empire britannique offriront un ferment considérable à l'opposition plébeienne-classes moyennes sous la forme du soi-disant Labour Party. Selon toutes les indications, en Angleterre, plus que dans tout autre pays du globe, la classe ouvrière, avant d'arriver à la dictature du prolétariat aura à passer par l'étape d'un gouvernement «travailliste» vertébré par un Labour Party réformiste-pacifiste qui a déjà reçu quelques quatre millions et demi de voix lors des dernières élections.»

«Mais ceci n'implique-t-il pas que votre point de vue est qu'il y a atténuation des contradictions politiques ? Mais, après tout, c'est de l'opportunisme de droite !» ont objecté les camarades qui ne peuvent se protéger contre les tendances opportunistes qu'en les ignorant. Comme si prévoir un remontée temporaire des illusions conciliationnistes signifiait les partager en quoi que ce soit ! Il est bien sûr beaucoup plus simple de ne rien prévoir, de se restreindre à la répétition des formules sacrées. Mais il n'est désormais plus besoin de continuer la polémique. Les événements ont fourni la vérification de ces prognoses : nous avons le gouvernement Mac Donald en Angleterre, le ministère Staunig au Danemark, la victoire du Bloc des gauches en France et les partis d'opposition au Japon, tandis que la figure symbolique de LaFolette apparaît à l'horizon politique aux Etats-Unis, figure sans espoir, on peut en être sûr.

Les élections en France fournissent la vérification finale d'une autre polémique : celle concernant l'influence du Parti Socialiste Français[3]. Ainsi que chacun sait, ce «parti» n'a presque pas d'organisation. Sa presse officielle est très limitée et lue par presque personne. Partant de ces faits incontestables, certains camarades ont étés amenés à considérer le Parti Socialiste comme insignifiant. Ce point de vue rassurant mais faux a trouvé une expression accidentelle jusque dans certains documents officiels du Comintern. En réalité, il est faux jusqu'à la racine d'évaluer l'influence des socialistes français en se basant sur leur organisation ou la circulation de leur presse. Le Parti Socialiste représente un appareil dont l'objet est d'attirer des travailleurs dans le camp de la bourgeoisie «radicale». Les éléments les plus retardataires comme les plus privilégiés de la classe ouvrière n'ont besoin ni d'organisation, ni de presse de parti. Il ne rejoignent ni le parti ni les syndicats; ils votent pour les socialistes et lisent la presse jaune. La relation entre nombre de membres du parti, d'abonnés à la presse du parti, et d'électeurs n'est pas la même pour les socialistes et les communistes. Nous avons eu l'occasion de nous exprimer plus d'une fois sur ce sujet. Utilisons une fois de plus des citations. Le 2 mars 1922, nous écrivions dans la Pravda :

«Si nous prenons en compte le fait que le Parti Communiste a 130 000 membres alors que les socialistes sont 30 000, alors l'énorme succès du communisme en France est évident. Mais, si nous mettons ces chiffres en relation avec les forces numériques de la classe ouvrière en tant que telle, l'existence de syndicats réformistes et de tendances anti-communistes dans les syndicats révolutionnaires, alors la question de l'hégémonie du Parti Communiste dans le mouvement ouvrier nous confronte à une tâche très difficile, qui est loin d'être résolue par notre prépondérance numérique sur les dissidents (socialistes). Dans certaine conditions, ces derniers peuvent s'avérer un facteur contre-révolutionnaire bien plus significatif au sein de la classe ouvrière que cela n'apparaît si l'on évalue les choses sur la seule base de la faiblesse de leur organisation, la circulation insignifiante et le contenu idéologique de leur organe, Le Populaire.»

Récemment, nous avons eu l'occasion de revenir sur la question. Au début de l'année, un document décrivait le Parti Socialiste comme «moribond» et indiquait que seuls «quelques travailleurs» voteraient pour lui, etc., etc. A ce sujet, j'écrivais le 7 janvier de cette année ce qui suit :

«Il est bien trop facile de parler du Parti Socialiste Français comme moribond et de dire que seuls «quelques» travailleurs voteront pour lui. C'est une illusion. Le Parti Socialiste Français est l'organisation électorale d'une fraction considérables de masses ouvrières passives et semi-passives. Si parmi les communistes, la proportion entre ceux qui sont organisés et ceux qui votent est de, disons, 1 pour 10 à 20, alors parmi les socialistes, cette proportion peut s'avérer de 1 à 50 ou 1 à 100. Notre tâche durant les campagnes électorales consiste dans une large mesure à capter une section considérable de cette masse de travailleurs passifs qui s'éveillent durant les élections.»

Les récentes élections ont pleinement et de façon décisive confirmé ce point de vue. Les communistes, avec une organisation et une presse bien plus forte, ont obtenu considérablement moins de voix que les socialistes. Même les proportions arithmétiques se sont avérées approximativement celles qui avaient été indiquées... Cependant, le fait que notre parti aie reçu approximativement 900 000 voix représente un sérieux succès, particulièrement si nous prenons en compte la croissance réelle de notre influence dans la banlieue parisienne !

Il y a aujourd'hui toutes les raisons d'attendre l'entrée des socialistes dans le Bloc des Gauches et leur participation au gouvernement créera des conditions favorables à la croissance de l'influence politique des communistes, en tant que seul parti libre de tout lien vis à vis du régime bourgeois.

En Amérique, les illusions conciliationnistes de la petite-bourgeoisie, principalement les paysans, et les illusions petites-bourgeoises du prolétariat prennent la forme du Troisième Parti. Elles sont au moment présent mobilisées autour du sénateur LaFolette, ou plus précisément, autour de son nom, car le sénateur lui-même, âgé de presque 70 ans, n'a toujours pas trouvé le temps de quitter les rangs du Parti Républicain. Tout ceci est d'ailleurs dans la nature des choses. Mais la positions de certains dirigeants du Parti Communiste Américain[4], sommant le parti d'appeler à voter pour LaFolette afin de renforcer l'influence communiste parmi les paysans, est pour le moins étonnante[5]. Par-dessus le marché, on cite en exemple le bolchevisme russe, qui aurait soi-disant gagné les paysans au moyen de ce type de politique. Enfin, on ne nous épargne pas les variations sur un thème qui a déjà perdu le moindre semblant de sens, à savoir que la «sous-estimation» de la paysannerie serait l'un des traits de base du menchevisme. L'histoire du marxisme et du bolchevisme en Russie est avant tout l'histoire de la lutte contre les narodniki (populistes) et contre les S.R. Cette lutte a offert les prémices du combat contre le menchevisme et avait comme tâche fondamentale d'assurer le caractère prolétarien du parti. Des décades de lutte contre les narodniki petit-bourgeois ont permis au bolchevisme au moment décisif c'est à dire au moment de la lutte ouverte pour le pouvoir, de détruire les S.R. d'un seul mouvement en prenant possession de leur programme agraire et en amenant les masses paysannes à se ranger derrière le parti. L'expropriation politique des S.R. était la condition de l'expropriation économique de la noblesse et de la bourgeoisie. Il est évident que le chemin que sont prêts à suivre certains camarades américains n'a rien de commun avec le bolchevisme. Pour un Parti Communiste jeune et faible, manquant de trempe révolutionnaire, jouer le rôle de rabatteur électoral et de rassembleur des «électeurs progressistes» pour le sénateur républicain LaFolette revient à avancer vers la dissolution du parti dans la petite-bourgeoise. Après tout, l'opportunisme ne s'exprime pas seulement par son étapisme, mais aussi par l'impatience politique : il recherche souvent à récolter avant d'avoir semé, d'obtenir des succès sans rapport avec son influence. La sous-estimation de la tâche de base — le développement du caractère prolétarien du parti — est le trait caractéristique de l'opportunisme ! Une confiance insuffisante dans les potentialités du prolétariat est la source des cabrioles pour gagner les paysans, cabrioles qui peuvent coûter son existence au Parti Communiste. Que le Parti Communiste doive suivre attentivement les besoins et l'état d'esprit de la paysannerie, en utilisant la crise politique actuelle pour étendre son influence à la campagne — tout ceci est évident. Mais le parti ne peut accompagner les paysans et la petite-bourgeoisie en général à travers toutes leurs étapes et leurs zigzags, il ne peut volontairement accompagner leurs illusions et désillusions, courant après LaFolette pour le mettre ensuite à découvert. En dernière analyse, la masse des paysans suivra le Parti Communiste dans la bataille contre la bourgeoisie seulement si elle est convaincue que ce parti représente une force en mesure d'arracher son pouvoir à la bourgeoisie. Et le Parti Communiste ne peut devenir une telle force — y compris aux yeux de la paysannerie — que dans l'action en tant qu'avant-garde du prolétariat, pas en tant qu'arrière-garde d'un troisième parti.

La vitesse à laquelle un point de départ erroné aboutit aux pires erreurs politiques est démontrée par un document émanant du soi-disant Comité d'Organisation, mis en place pour organiser le congrès du troisième parti en juin et désigner LaFolette comme candidat à l'élection présidentielle. Le président de ce comité est un des dirigeants du parti ouvrier-paysan du Minnesota; son secrétaire est un communiste, désigné à cette charge par le Parti Communiste. Et maintenant, ce communiste a donné sa signature à un manifeste qui en appelle aux «électeurs progressistes», déclare que l'objectif du mouvement est de parvenir à l'«unité politique nationale», et, en réfutant l'accusation que la campagne est contrôlée par les communistes, déclare que ceux-ci ne forment qu'une minorité insignifiante et que même s'ils tentaient de s'emparer de sa direction, il ne pourraient y arriver car le «parti» [ouvrier-paysan] a pour but d'obtenir une législation constructive et non des utopies. Et le Parti Communiste prend la responsabilité de ces abominations face à la classe ouvrière ! Au nom de quoi ? Au nom de ce que les inspirateurs de ce monstrueux opportunisme, imbibés de scepticisme quant au prolétariat américain, sont impatients de transférer le centre de gravité du parti vers un milieu paysan — un milieu secoué par la crise agraire. En reprenant, même avec des réserves, les pires illusions de la petite-bourgeoisie, il n'est pas difficile de se donner l'illusion que l'on dirige la petite-bourgeoisie. Considérer que le bolchevisme consiste en cela, c'est ne rien comprendre au bolchevisme.

Il est difficile de prévoir combien de temps la phase actuelle du conciliation durera. En tous cas, il ne saurait être question pour l'Europe bourgeoise de rétablir son équilibre économique intérieur, non plus que son équilibre économique avec l'Amérique. En ce qui concerne le problème des réparations, on fait, il est vrai, une tentative réelle pour le résoudre à l'amiable. L'avènement au pouvoir du Bloc des gauches en France fortifie cette politique. Mais la contradiction fondamentale subsiste intégralement : pour payer, l'Allemagne doit exporter; pour payer beaucoup, elle doit exporter beaucoup; or les exportations allemandes sont une menace pour les exportations anglaises et françaises. Pour avoir de nouveau la possibilité de lutter victorieusement sur le marché européen, extrêmement réduit, la bourgeoisie allemande devrait surmonter de formidable difficultés intérieures, ce qui amènerait infailliblement une nouvelle exacerbation de la lutte de classe. D'un autre côté, la France elle-même a des dettes formidables dont elle n'a pas encore entrepris le paiement. Pour commencer à payer, il lui faut développer ses exportations c'est-à-dire accroître, en matière de commerce extérieur, les embarras de l'Angleterre, dont les exportations n'ont encore atteint que 75% de leur niveau d'avant-guerre. Devant les problèmes économiques, politiques et militaires essentiels, le gouvernement conciliateur de Mac Donald manifeste sa banqueroute bien plus fortement qu'on ne pouvait s'y attendre. Inutile de dire qu'avec le gouvernement du Bloc des gauches, en France, les affaires n'iront pas mieux. La situation désespérée de l'Europe, situation masquée actuellement par des tractations internationales et intérieures, apparaîtra de nouveau dans son essence révolutionnaire. Sans aucun doute, les partis communistes s'avéreront alors mieux aguerris. Les récentes élections parlementaires dans nombre de pays montrent déjà que le communisme représente une force puissante et que cette force croît.

Léon Trotsky — Mai 1924

 


NOTES :

[1] Ce texte est la préface à un receuil de textes sur les premières années de l'I.C. publié en 1924. Il sert en fait à préparer politiquement le Ve Congrès de l'I.C. (juin 1924). C'est à ce congrès que la troïka Staline-Zinoviev-Kamenev va s'imposer sur la ligne dite de la «bolchévisation» des partis communistes, mélange d'ultra-gauchisme et cours profondément droitier combiné à la destruction du régime interne qui régnait dans l'I.C. du temps de Lenine.

[2] En mai 1924, le congrès du K.P.D. procède au renouvellement de ses organes dirigeants suite à l'échec de «l'octobre allemand». La gauche, liée à Zinoviev et dirigée par R. Fischer, remplace le groupe dirigé par H. Brandler. La nouvelle direction adopte un cours ultra-gauche. Ainsi lors de son entrée au parlement, R. Fischer commence par déclarer : «nous, communistes, sommes prêts à commettre des actes de haute trahison». D'où les passages de ce texte relatifs à la nécessité de ne pas tenter de sauter les étapes. Voir à ce sujet — entre autres — P. Broué : Révolution en Allemagne et Histoire de l'Internationale Communiste.

[3] Cette question avait été amplement débattue lors des sessions de la commission française de l'I.C. (1922). La direction d'alors du P.C.F. considérait en effet comme négligeable l'influence des «dissidents» de la S.F.I.O. Cette direction avait quitté depuis quitté le P.C.F.

[4] Le Comité Exécutif de l'Internationale Communiste a évidemment rejeté une politique si fausse et si dangereuse. La direction du C.E.I.C. était plus qu'opportune. Quelques jours après, le sénateur LaFolette procéda à une attaque en règle contre les communistes et déclara pieusement qu'il n'aurait rien à voir avec cette racaille, le fruit rouge de Belzébuth et de Moscou. Espérons que cette leçon s'avérera fructueuse pour les super-stratèges concernés. (Notes de Trotsky)

[5] Le représentant de l'I.C. aux Etats-Unis, Pepper est particulièrement visé. Il écrivait en août 1923 : «L'Amérique est confrontée à sa troisième révolution, (...) la révolution LaFolette. Elle comprendra des éléments de la grande révolution française et de la révolution russe de Kerensky. Il y aura dans son idéologie des éléments de jeffersonisme, des coopératives danoises, du Ku-Klux-Klan et du bolchevisme. C'est après la révolution LaFolette que commencera le rôle indépendant des ouvriers et des fermiers exploités (...)».


 

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Dernière mise à jour 20.03.2002