1923  Ce document n'est pas de Trotsky mais il fut publié par lui. Cette traduction française a paru en annexe de la brochure : «La bureaucratie stalinienne et l'assassinat de Kirov», Ed. Pionniers.

Le testament de Lénine

DOCUMENT

Publié par Léon Trotsky

 

Par stabilité du Comité central, dont j'ai parlé plus haut, j'entends des mesures contre la scission, dans la mesure où, en général, de telles mesures peuvent être prises. Car, évidemment, le réactionnaire (S. F. Oldenbourg, semble-t-il) avait raison qui, dans la «Rousskaïa Mysl», premièrement tablait sur la scission de notre parti dans son jeu contre la Russie soviétique, et quand, deuxièmement, il tablait pour réaliser cette scission sur les plus sérieux désaccords dans le parti.

Notre parti s'appuie sur deux classes et c'est pourquoi son instabilité est possible, et inévitable sa désagrégation, si, entre ces deux classes, un accord ne peut s'établir. Dans ce cas, il serait même inutile de prendre telles ou telles mesures, voire de délibérer sur la stabilité de notre Comité central. Nulle mesure, dans un tel cas, ne se montrerait propre à prévenir la scission. Mais j'espère que c'est là un avenir trop lointain et un événement trop improbable pour en parler ici.

Ce que j'ai en vue, c'est la stabilité du Comité Central comme garantie contre la scission dans le proche avenir et j'ai l'intention d'examiner ici une série de considérations de caractère purement personnel.

Je crois que l'essentiel dans la question de la stabilité vue sous cet angle, sont des membres du Comité central tels que Staline et Trotsky. Les rapports entre eux constituent, à mon avis, une grande moitié des dangers de cette scission qui pourrait être évitée. Pour l'éviter, on peut tout d'abord procéder, entre autres moyens, à l'augmentation du nombre des membres du Comité central jusqu'à 50 et 100 personnes.

Le camarade Staline, en devenant secrétaire général, a concentré dans ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu'il puisse toujours en user avec suffisamment de prudence. D'autre part, le camarade Trotsky, comme l'a déjà démontré sa lutte contre le Comité central à propos de la question du Commissariat du peuple aux voies de communication, ne se distingue pas seulement par les capacités les plus éminentes. Personnellement, il est, certes, l'homme le plus capable du Comité central actuel, mais il est excessivement porté à l'assurance, et entraîné outre mesure par le côté purement administratif des choses.

Ces traits caractéristiques des deux chefs les plus marquants du Comité central actuel peuvent involontairement conduire à la scission ; si notre parti ne prend pas les mesures pour la prévenir, cette scission peut se produire inopinément.

Je ne vais pas ensuite caractériser les autres membres du Comité central d'après leurs qualités personnelles. Je rappellerai seulement que l'épisode d'Octobre de Zinoviev et de Kamenev n'a évidemment pas été occasionnel, mais qu'il ne peut guère plus leur être personnellement reproché que le non-bolchévisme au camarade Trotsky.

Quant aux jeunes membres du Comité central, je veux dire quelques mots de Boukharine et de Piatakov. Ils sont, à mon avis, les plus marquantes parmi les forces jeunes, et il faut, à leur égard, avoir en vue ce qui suit :
— Boukharine n'est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du parti, et aussi légitimement considéré comme le préféré de tout le parti, mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes qu'avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n'a jamais appris et je crois qu'il n'a jamais compris vraiment la dialectique).
— Piatakov est incontestablement un homme de volonté et de capacité les plus éminentes ; mais il incline trop à l'administration et au côté administratif des choses pour qu'on puisse s'en remettre à lui dans une question politique sérieuse.

Évidemment, l'une et l'autre remarque sont faites par moi seulement pour le moment présent, et à supposer que ces deux travailleurs éminents et dévoués ne trouvent l'occasion de compléter leurs connaissances et de modifier ce qu'ils ont en eux d'unilatéral.

(25 décembre 1922).

 

Staline est trop brutal et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire général. C'est pourquoi je propose aux camarades de réfléchir au moyen de déplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue du camarade Staline par une supériorité, c'est-à-dire qui soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camarades, moins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraître une bagatelle insignifiante, mais je pense que pour se préserver de la scission et du point de vue de ce que j'ai écrit plus haut des rapports mutuels entre Staline et Trotsky, ce n'est pas une bagatelle, à moins que ce soit une bagatelle pouvant acquérir une importance capitale.

(4 janvier 1923).

 

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Dernière mise à jour 12.06.2001